La tablée. Poème fantasme.

Publié le par Jacques Queralt

La tablée. Poème fantasme.

 

Les convives mangent,

causent, boivent et rient.

 

La voisine pas farouche

et jeune,

qu'une gêne

raidit encore,

repousse sa main droite,

 

trop inconvenante,

trop déplacée,

 

trop pressée

-sans doute.

 

Elle repousse

l'intruse

sans la chasser,

de l'entre tissu et chair,

simple geste

d'auto-défense.

Elle a les yeux sur lui,

aux aguets.

 

Les convives mangent,

causent, boivent et rient.

 

Elle recouvre,

lentement,

d'une jupe

trop courte,

la rondeur courtisée

de son genou.

Sa main, en aveugle,

persiste et la flatte,

Il la mesure, il l'admire.

Elle...

 

Libellule des blés,

elle ne s'effarouche pas

de ce premier demi-refus.

 

Elle se retire,

Elle sautille, ensuite.

Et, à nouveau, se pose

entre tissu et chair.

 

Le bout de ses doigts,

(qu'elle ne dissuade pas)

s'attarde,

se plaît,

se distrait

entre chair et tissu.

Un éden miniature,

de pétale et de soie.

 

Son regard vagabonde

et le sien la rattrape.

Elle se laisse faire.

 

Les convives mangent,

causent, boivent et rient.

 

La main,

exploratrice,

(la baladeuse des anciens temps),

libellule aussi bien que sauterelle,

n'accélère

ni ne force,

son empire

entre tissu et chair,

pour ne froisser ni pétale ni soie,

 

mais parachève,

sans cri ni déchirure,

sa conquête

des alentours effervescents

du genou.

 

Le tissu en est bien moelleux,

et cette aurore

de cuisse

lève

à chaque avancée

une promesse de bon pain.

 

Sa main,

tout à ses bonheurs,

ne pétrit pas.

Elle glisse,

pas amical de coccinelle,

Sa main

n'offense pas.

Elle affleure

aile amicale de papillon.

Sa main...

toujours discrète,

de Cupidon à Psyché,

dit l'inoubliable conte.

 

Elle cueille

(dirait-on)

élégante jardinière,

à fleur de peau

et à l'insu des convives,

des émois épanouis,

des heurts tendres,

des chaleurs fruitées...

 

Elle-même est

à l'orée d'un évanouissement.

Il a rapproché son genou toilé

du sien si doux.

 

Les autres convives mangent,

causent, boivent et rient.

 

Sous la table,

ce qui n'était

tout d'abord

qu'un incident discourtois,

était devenu

(chaleur communicative d'un banquet !)

témérité absoute,

contact consenti,

puis

(pouvait-elle l'imaginer?)

ce corps, cet

oiseau de feu.

 

Elle l'implore,

d'un regard

encore pudique.

Et lui,

de très bon cœur,

l'agrée

Leurs lèvres,

à l'ombre des paupières

qui se referment,

tressautent,

esquissent

et scellent

un accord.

Genou contre genou,

cœur à cœur,

dans un même vœu.

 

Dans l'indifférence

gloutonne et paillarde

de la tablée.

 

Illustration © Servane Pauchenne.

Publié dans POÈTES…

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Ferdinand Duglaïeul 29/07/2015 08:53

Est-ce butiner ou lutiner? F.D.