C'est le cogneur…

Publié le par Jacques Queralt

C'est le cogneur…

C'est le cogneur, lâcha-t-il, il ne ferme jamais les portes derrière lui.


 Je le sais, l'esprit, en cet instant où tu me découvres, a les ailes bien lourdes.


 Ne pas faire le saut ? Il le faut bien, tout de même !


Truffer son texte de citations de grands auteurs, ce n'est ni plus ni moins, à y regarder de près, qu'une omelette aux lardons, tonna du haut de sa chaire un pauvre Maître de Conférences.


 Je cours derrière elle, bien sûr, puisqu'elle ne m'attend pas. Ne m'a jamais attendu, et donc je cours toujours. mais Elle, où es-tu ?


 Je crus la devenir, c'était une anguille et je ne pus, triste partie, la saisir.


 Il est assez fâcheux, Monsieur, que vous confondiez le mutisme avec le silence.


 Je veux bien croire que, pour toi, le moment de cesser de mesurer l'incommensurable, n'est pas encore arrivé.


Un éléphanteau m'a invité à jouer aux cartes et je lui ai dit non, non pas pour désintérêt pour les cartes (belote, bridge ou poker) mais pour ne pas attirer l'attention de ses grands parents qui, cet après-midi là, le gardaient.


 Il est de vérité bien établie que la hache, le coup de hache, n'aime pas le mou.


Les yeux fixés sur ses mollets hâlés, qui tranchaient avec le blanc patriotique de son pantalon, il éprouva une envie, de plus en plus ardente, de se jeter sur eux, de les mordre fond les crocs mais, ayant certainement inspiré l'effluve d'un danger immédiat, elle se retourna sur son suiveur, brisant sec son plan de morsure; il baissa les yeux et, à son tour, retourna et les poumons  remplis de l'élixir sauve-qui-peut, il s'enfuit : on aurait dit un caniche épouvanté perdant, dans la course, son pelage.


 Mieux vaut se répéter que se taire : L'abus du "je" brouille la perspective du "moi".


 Il lui arrivait de trahir sa fonction d'imprécateur pour les aménités du langage hypocoristique, preuve de ce que son cœur ne s'était pas encore tiré de sa poitrine.


J'aime ce Bruno Sirven qui, dans son beau livre "Le génie de l'arbre" (Actes-Sud), s'attache à distinguer le "désarbrement" de la déforestation et contribue à une plus juste vue des choses: l'arbre de la forêt, l'arbre de jardin ou de haie.


 Il n'était pas le premier qui l'avait rêvé mais il était bien, ah! ça, oui! le premier à voir (de ses propres yeux voir) une forêt s'arracher de son immobilité, et  se mettre à courir; des arbres, tels des lévriers, filant dans tous les sens, au risque de s'entrechoquer; d'autres, constitués en meute de loups affamés de petits chaperons rouges… Ni les villageois auxquels, il conta l'étrange histoire qu'il venait de vivre, ni la presse qu'il avait alertée pour lui offrir un fait divers exceptionnel, ni la police à laquelle le dénonça un authentique déséquilibré, ni le psychiatre qui eut, de péripétie en péripétie, à juger de ce curieux cas, ne prirent pour argent comptant son témoignage. 


 Et, Bel Esthète, si c'était notre regard qui rouille et souille certains objets et non pas le temps, ce si commode portefaix de toutes nos faiblesses ?


Le jour, il faisait semblant, la nuit, également. Mais quand donc, mes agneaux, était-il lui, sans semblant?
 

 

Publié dans Poinçonneur

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