Divisions

Publié le par Sylviane Blineau

Divisions

DIVISIONS

Cisailler le temps de mon temps,

offrir aux aubes les aurores,

le blafard des bouquets filés.

 

Ouvrir le matin sans faiblir,

sans craindre ses immunités,

sans interpréter.

 

Dire au midi d'avoir encore

à réchauffer ses feux,

ses cris de marbre,

ses attentes.
L'olivier grisé de cigales

attendra l'engourdissement

des siestes dans les chambres d'ombre.

 

Fins de soir,

ne pas repousser l'acajou

au silence des intervalles.

Ni chien ni loup,

seulement

la balance des heures filées,

claquements du linge qui sèche

au fil de mon temps suspendu.

 

Vivre la nuit,

la danser, la ceindre d'écume,

promener

un parfum de lilas d'automne,

humer le buis frisé de lune.

 

M'assoupir au sabre de l'heure

dans le coton de mes pensées

mais ne pas laisser s'effiler

les mots à doucir

à noircir.

Mal à dépareiller les cœurs...

Qui saura la pâleur des nuits

en leur gestation d'asphodèle ?

 

Encore une page, rien qu'une,

ma page

avant le mutique interlude,

d'un coin de lit en pan de vitre.

 

Alors, l'ombelle, il faudra l'égrainer

comme une ciguë mortifère,

traçant le chemin des ajours

et des manques.

Essorer le drap de mon temps

comme un linceul trop lourd de terre,

dire aux saisons de s'enclencher

en leur quadrille où prolifère

un âcre semblant de raison...


Raisins charnus,

Ancolies blêmes,

ô mes repas d'après minuit !

Je vais, hanches croisant le fer.

Libre,

sans rime et sans une oraison.

 

Illustration Claude Monet : Oliviers.

Publié dans ESSEBÉ

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