Quelques amusettes verbales d'avril…

Publié le par Jacques Queralt

Quelques amusettes verbales d'avril…

 

Je ne sais si la phrase est de lui ou s'il n'en est que le traducteur ou le rapporteur mais j'aime assez celle-ci dessous que j'ai trouvée dans un article que le philosophe de Prades, Louis Prat, consacra à son ami le philosophe Han Ryner, roussillonnais par ses deux parents.
"LES ACTEURS QUE LA FOULE ACCLAME NE SONT PAS TOUJOURS CEUX QUE LES DIEUX PRÉFÈRENT"

Dans un des palais de la langue, qui s'appellent Livres, j'ai rencontré un verbe qui, jusqu'à ce matin, ne s'était jamais présenté à l'une de mes lectures. Un verbe avec des moyens phonétiques extraordinaires et dont je m'étonne que les "Grosses Bertha" de la campagne pour l'élection présidentielle ne l'aient jamais employé (sont-elles donc aussi ignorantes que je l'étais?). Le délice suit sa mise en bouche. En effet, rien qu'à le prononcer, il crépite comme une mitraillette et disperse l'argumentation contraire. Je ne veux plus vous faire attendre, et je suis, foncièrement, un partageux. Regardez le bien, et lisez-le non pas comme si vous étiez à confesse, à voix haute, derrière un pupitre de circonstance... et vous verrez qu'au seul envoi dans l'air ses onze syllabes vous en saisirez le sens le plus profond. Cette dernière observation ne s'adresse bien sûr qu'à la petite minorité de celles et ceux dont ce verbe MATAGRABOLISER (admirez-en en passant la pompe rabelaisienne) n'était pas encore familier. A présent, devenus savants, MATAGRABOLISEZ VOUS LES UNS LES AUTRES, si cela vous chante ou vous démange.

Il venait d'un peuple qui avait, à ses yeux, la fâcheuse manie de ne s'incliner que devant les personnages qui venaient d'être coulés dans le bronze pour leurs mérites dont aucun n'avait été entrevue de leur vivant. Ne comprenant pas cette coutume, il avait choisi d'aller poser ses valises ailleurs.

Te sens-tu trop verbeux, trop excessif? Prends tes ciseaux, allège et abrège. Te sens-tu mieux?
Les eaux stagnantes sont les eaux les plus propices à la fécondité galopante des niaiseries et fadaises. Qu'attendent-ils pour purger les marigots?

Le style comme la tulipe ont besoin d'un bulbe pour prétendre à l'existence. Il y a un naître avant l'être.

La meilleure façon d'expliquer le monde c'est en dormant. Je sais cela ressemble à du San Antonio, Frédéric Dard regardant par-dessus mon épaule ce que j'écris, me le fait savoir après un pincement brusque à mon bras droit, mais non lui dis-je ce n'est pas lui, sinon tu penses bien que je lui aurai cédé bien volontiers ma place derrière cette table. A présent, permettez moi, Maître, de bidouiller mon explication du monde.

Roger dit à Mathurin, je viens d'ouvrir sept nouveaux centres d'entraînement à la haine, accepterais-tu d'en être une fois par semaine dans un centre différent, le coach, tous tes déplacements seraient remboursés et ta pédagogie bien payée. Mathurin répondit à Roger. J'aurais bien dit oui si je ne pressentais que, fatalement, la haine se retournera en cours de mission contre moi et je n'aimerais pas être mangé tout nu tout cru par mes disciples des sept centres d'entraînement.

Sans humour l'amour est un art fade pour qu'on lui ouvre les draps.

Dites-le, mais dites-le leur donc vous que... longtemps, oui longtemps "le provençal, le languedocien et le catalan " ont été considérés comme étant "les fils aînés du Latin". Sans doute, sans doute, mais moi, Monsieur, je gère une Université et pas une Amnésie.

Celui qui gagne est un héros, celui qui perd un zéro. On ne peut pas mieux dire. Les douceurs pour le héros, les amertumes pour le zéro. C'est équitable, lance l'écho.

Dans l'expression "envers et contre tous", ce n'est pas le "contre tous" qui m'intimide, mais l'"envers" qui me bouleverse.

Si j'étais réellement écologiste qu'est-ce que vous croyez, naturellement et constamment, j'écrirais en vert.

Pour tout bon lecteur comme pour tout bon auteur un livre est fait pour être lu et relu. Ce n'est pas la préoccupation de tous les agents de la chaîne du livre, constata le psychosociologue de la distribution des idées et des émotions.

Il est des gens qui le crient bien distinctement, celui qui n'a rien dire, le mieux qu'il peut faire, pour le destin de la soirée, c'est de la fermer.  Mais celui à qui on n'a jamais appris à se taire, il serait très malveillant en voyant qu'il s'obstine de l'envoyer au tapis par un direct bien ajusté.

Y-a-t-il lieu de mobiliser l'Académie et le Gouvernement et une cohorte de Janissaires du bien dire quand on relève cette "agréable" mutinerie d'ordinateur: "Mettre du beurre dans les pinards" dans un journal culturel de pointe, Après tout c'est un trait d'humour, une saine distraction. D'humour un peu bouchonné certes!

Le néant est toujours catastrophique. Le rien est un verrou -le dernier- qu'il faut faire sauter pour prendre le chemin vers quelque chose -ou quelqu'un (selon que tu sois du côté de la rose ou du côté du réséda, selon la dichotomie fleurie d'Aragon.

L'habit fait le moine. Cela on le sait et rabâche depuis qu'il y a des couturiers. Mais sait-on si le premier tailleur était un vrai ou un faux moine ?

Celles et ceux qui voient des mots d'auteur partout sont des apprentis apiculteurs qui craignent qu'on les pique.

Quand le sens m'échappe, que je n'arrive pas à faire couler du sang dans le corps des mots et de leurs alliances, je colore vivement quelques uns d'entre eux, pour que mon impuissance ne passe pas inaperçue.

L'avenir, c'est la troisième porte à droite, mais je pense qu'elle restera fermée jusqu'à l'arrivée du meilleur de nos serruriers... s'il n'est pas appelé ailleurs par une nécessité plus pressante : le présent est tellement encombré d'embûches.

Cette question qui se poursuit...toujours irrésolue... pourquoi l'oiseau s'envole dès qu'il sent l'homme qui s'approche de son aire de bectance ?

Illustration : La Grosse Bertha…

Publié dans Poinçonneur

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