Saint lapin

Publié le par Michel Gorsse

Saint lapin

30 mars
Saint Lapin

Sa réputation n’est plus à faire. Controversées, ses prouesses sexuelles n’en sont pas moins légendaires. A la question en quel animal aimeriez-vous être réincarné, 99,8% des humains, sans hésiter, répondent en lapin, tandis que les 0,2 restants choisissent, bien mystérieusement, l’escargot. Ce plébiscite en faveur du lapin vient du fait qu’il est renommé pour être chaud comme un marron braisé et toujours porté sur la chose au point qu’il ne semble dans la vie n’être préoccupé que de copulation.
 
Si l’on pousse l’analyse de ce sondage dans ses derniers retranchements on constate que, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas le loup ou le requin qui pourraient être érigés en animal totémique humain, mais le lapin. Et c’est une bonne nouvelle ! Pourquoi ? Parce que ce choix est symptomatique d’une aspiration universelle et révélateur d’une profonde lassitude voire d’un total désenchantement face au progrès et à la modernité.
 
Cette réponse quasi unanime confirme le grand écartèlement auquel l’homme moderne est soumis. D’un côté les merveilleux progrès de la médecine qui chaque jours embellissent son état de santé lui donnant à vivre dans un corps sain et de l’autre, les affres sociales, économiques, politiques, communautaires, ethniques, mondiales, les vicissitudes quotidiennes et récurrentes, les contingences élémentaires, le tout contribuant à lui parasiter l’esprit au point de le tirebouchonner comme une vieille serpillère.
 
Il est clair, dès lors, que dans la représentation subjective inconsciente le lapin endosse le rôle de l’esprit sain. Il en est le symbole angulaire. L’étendard, le pavois, l’oriflamme auquel l’humanité tout entière pourrait se rallier. Il cristallise la réalisation suprême de l’être humain : un esprit enfin sain dans un corps sain.
 
Gageons que l’Éden n’était peuplé que de lapins qui folâtraient joyeusement et forniquaient à tout va. Qu’on n’y entendait que des râles de plaisir. Que la volupté y régnait en déesse. Que les phéromones s’y répandaient en fumets tentateurs. Qu’il n’était d’autre sollicitation que de s’y mélanger sans retenue et qu’on y envoyait tout autre préoccupation au diable.
 
L’innocence perdue, voilà bien ce dont le lapin est le nom. Dans l’inconscient collectif ainsi s’exprime la nostalgie des origines, quand nous étions des êtres paisibles et inoffensifs et particulièrement disposés à ne pas perdre une miette de la vraie vie.

 

Illustration : Michel "Pof" Bories : Chauds lapins. Gouache.

 

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L'Insipide 31/03/2017 09:51

En référence avec mon article récent intitulé "Chatteries", peut-on dire que si le chat dépeuple, le lapin repeuple? Ainsi s'établissent les équilibres naturels.