Saint Lampiste

Publié le par Michel Gorsse

Saint Lampiste

06 Mars
Saint Lampiste


En toutes circonstances il porte le chapeau. C’est même à ça qu’on le reconnaît. Chapeau claque pour le subalterne, chapeau pointu pour le bouc-émissaire, chapeau à plume pour le pigeon, chapeau de paille pour le dindon de la farce, chapeau cloche pour le gogo, et chapeau mou pour tous les autres souffre-douleurs, clampins et larbins réunis. A chaque catégorie de lampiste son galurin.
 
On comprend, à la variété des chapeaux qui peuvent l’affubler, que le lampiste  est loin d’être en voie de disparition. Il serait même, à l’instar du lapin et en raison de l’expansion démographique galopante, en progression exponentielle au point que dans les hautes sphères du pouvoir mondial on prévoit, en se frottant les mains, son avènement politique.
 
Un engrenage ainsi cranté de lampistes serait certainement un merveilleux outil pour rendre les affaires on ne peut plus florissantes et tirer le monde vers le meilleur des mondes. Des lampistes aux postes clés c’est l’assurance d’un kit mains libres pour les rois du pétrole et les empereurs de la chimie. Pour eux, l’éviction de l’homo sapiens sapiens au profit de l’homo lampistus ouvrirait enfin la voie royale conduisant au jackpot permanent.
 
Dès lors, nul besoin de chercher ailleurs que dans cette transition en train de s’opérer les causes des tourments et des ravages qui s’abattent sur notre vieux monde. Toute métamorphose étant douloureuse, les insectes en savent quelque chose, il n’est pas de raison que nous humains soyons épargnés par les lois naturelles, surtout à cet ultime et décisif stade de l’évolution.
 
Comme lampistes nous serons tous à brève échéance, il est fort à parier que dans un proche avenir les plus malins d’entre nous se tourneront, sentant le vent, vers la belle profession, depuis lurette sinistrée, de chapelier. Car il va en falloir des couvre-chefs pour coiffer cette nouvelle humanité soucieuse du standard.
 
Et ceux qui ne s’enrichiront pas dans le bitos seront condamnés à regarder passer le train. Face à ce constat, seulement quelques clairvoyants en appellent au grand vent de l’Histoire qui seul pourra faire s’envoler ces ridicules et horribles chapeaux qu’on nous contraint à porter. Mais combien sont-ils à refuser le port du casque ?

 

Illustration : Magritte 1959.

 

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