Consolation

Publié le par L'Insipide

Consolation

CONSOLATION


Honte et malheur à l'homme de préjugés ou d'à priori... A l'heure décisive, il tirera rarement avantage de sa hâte à porter jugement hâtif. Et quand l'esprit s'élance sans avoir bien estimé sa trajectoire, il s'échoue lamentablement dans son contact avec le sol. Ainsi en fut-il de ceux qui s'étaient rendus jeudi dernier au Théâtre de l'Archipel pour y rencontrer Georges PEREC, écrivain majeur de notre temps.
Titre alléchant du spectacle "Espaèce" contraction du titre que l'écrivain avait malicieusement donné à l'un de ses ouvrages paru en 1985 aux Editions Galilée sous le titre mieux déployé d' Espèces d'espaces. Or sur scène, pas une phrase, pas le moindre extrait de l'ouvrage référencié ne furent introduits, voire même on attendit en vain, une heure  durant, un signe de la présence de Perec. Un spectacle théâtral inspiré d'une œuvre littéraire donc, sans recours à la parole, voilà qui est paradoxal ; par contre un décor en mouvement constant autour de six comédiens aphasiques. En compensation, ce fut un ballet d'instruments scéniques aux grandes dimensions, habilement manœuvrés, et par instants, un recours compensateur à des inscriptions lumineuses au laser, le tout mettant en valeur  non seulement le travail de recherche et de transposition du metteur en scène mais aussi la richesse des installations techniques du lieu théâtral: mobilité des panneaux fixés sur des armatures tubulaires de grande hauteur supportant des écrans surdimensionnés... à coup sûr une équivalence dans l'espace scénique (voir le titre de l'œuvre) de l'ouvrage de Perec, des comédiens aussi doués dans leurs performances physiques que dans l'exploitation de leur organe vocal. mais on attendit en vain la prose et la présence de l'écrivain Pérec.

Or comme il est de bon ton de retenir d'un événement un aspect positif, outre le caractère innovant de la mise en scène, on retiendra du spectacle la superbe machinerie scénique qui équipe le Théâtre de l'Archipel.
Non la municipalité maîtresse d'ouvrage n'a pas donné dans la demi-mesure. Elle a même doté ce lieu magistral du spectacle, du plus bel équipement technique dont peut rêver un metteur en scène. Les Perpignanais n'auront plus à juger exorbitante la construction de l'édifice, quelles que soient les sommes figurant annuellement sur leurs feuilles d'impôts locaux. Certes on peut juger dispendieux la construction en forme de cucurbitacé, et son revêtement imitant, ou prétendant l'imiter, le grenat du Roussillon, mais rien à dire pour la richesse des équipements intérieurs. Régis Debray avait bien déclaré dans son Traité de médiologie que l'instrument instrumentalise son utilisateur, Luc Ferry, prédit le temps prochain d'un post-humanisme où la technique prendrait le pas sur l'humain. Et il convient de saluer ici les réussites de notre monument archipélagique. Les récalcitrants rappelleront qu'à l'époque du théâtre victorien ou à l'époque de Molière on s'esbaudissait devant des spectacles ignorant naturellement les bienfaits de l'électricité, et à plus forte raison du rayon laser.... Perpignan vit avec son temps... qui s'en plaindrait?

 

 

Publié dans Parle à mon Q.I.

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Hypersipide 06/11/2016 10:45

Ce point de vue constitue en fait un hommage à peine voilé à la municipalité Alduy junior. Faut lire entre les lignes et j'ai pas la berlue.Est-ce une oeuvre de commande, ou bien, Monsieur l'Insipide, êtes vous candidat à un emploi municipal... de préférence à l'Archipel pour distribuer des coussinets destinés à protéger les genoux des spectateurs?.