La ballade du canal

Publié le par Bernard Revel

La ballade du canal

 

La ballade du Canal

 

On raconte du temps où se parlaient les bêtes

Le rêve d’un ruisseau qui enivré de mousse

Prit pour s’encanailler à Toulouse ou à Sète

Un escalier géant en se la coulant douce

 

Mais le destin de l’eau est de suivre sa pente

Et non de bourlinguer comme ces filles d’Eve

Qui à contre courant font tout ce qui leur chante

Un jour Moussu Riquet a exaucé le rêve

 

Soumettant à sa foi les lois de la montagne

Dessinant des vallées que les sources épousent

Ouvrant des lacs au creux des forêts de castagnes

Il apporta les eaux en partage à Naurouze

 

Sous les mains écorchées d’une armée misérable

Naissaient des ponts-canaux franchissant les rivières

Des tunnels arrachés au ventre mou du sable

Et des étages d’eau emprisonnés de pierres

 

Villes au pied terrien vignes de sécheresse

Paraissaient secouées d’un courant très intime

Quand des ports conquérants comme des forteresses

Composaient sous le Cers des parfums maritimes

 

Et les pinceaux du temps imitant Véronèse

Le Canal en passant apporte au paysage

Des airs de Vénétie en terre narbonnaise

Comme s’il était là depuis les premiers âges

 

On entendait rouler la vieille âme occitane

Quand le vin et le blé engrossaient les péniches

Et que les mariniers gueulaient sous les platanes

Un jour ils se sont tus tout le monde s’en fiche

 

Mais toujours c’est le sud qui bat dans cette veine

Le Midi assoupi dont la mémoire saigne

Et transfuse en douceur du côté d’Aquitaine

L’encre bleue de Brassens dans le cœur de Montaigne

 

Et Luc rappelle-toi la croisière pépère

Tu déclamais Rimbaud à poil sous le soleil

Pour dire aux boucaniers du genre littéraire

Qu’un trésor au Somail dans les bouquins sommeille

 

Nous remontions au temps des chemins de halage

Au pas d’un vieux cheval habillé de poussière

Et au petit bonheur de village en village

Nous tombions amoureux de la même éclusière

 

Au loin nous saluait de ses pins en pavane

La tour de Montrabech de notre adolescence

L’écluse de l’Evêque ouvrait alors ses vannes

Pour qu’à Villecarla quelques cigales dansent

 

Mais soudain ça bouchonne au saut de Fonsérannes

Le touriste énervé point sous Corto Maltese

Dans le port de Béziers le vin pue la tisane

Le canal du Midi a filé à l’anglaise

 

Un jour je reviendrai dans la montagne Noire

Rêver près du ruisseau au clair de la Grande Ourse

De Pierre-Paul Riquet je lui dirai l’histoire

Et puis j’embrasserai comme un noyé sa source

 

La ballade du canal

Publié dans CAUSE TOUJOURS…

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SALGAS G. 18/09/2016 11:16

Voilà un très beau texte pour ui, comme moi, voisin du Somail, occitan et fier de l'être car l'on sait que la civilisation occitane (la fin amor - l'organisation politique) était aux XII et XIIIème siècle en avance sur toute autre civilisation contemporaine (Vive l'Occitanie des trouvères, des consuls de Narbonne, et vive Riquet qui d'un mince filet d'eau sut créer une voie de communication fluviale , encore aujourd'hui bien utile. Vivent les péniches ventrues chargées de muids et demi-muids de notre vin régional, de matériaux de construction divers etc... Et vive le Somail, ce lieu unique dans notre pays.. Bravo Bernard, reste à mettre ce texte en musique... et à l'interpréter.

Bernard 19/09/2016 09:07

Merci Gérard. La musique m'est venue en même temps que le texte. Mais pour l'interpréter, il faudrait une autre voix que la mienne. Douce, comme celle de Lebelâge...

Alain S. 14/09/2016 14:01

Et qui sait, peut-être que des « Pépita » s’y cachent pareillement, demandant, elles aussi, à raconter leurs légendes…

Bernard 16/09/2016 09:00

Je les ai cherchées, Alain, d'écluse en écluse. En vain. Mais n'est-ce pas mieux de les rêver ?