PAX  POETICA

Publié le par L'Insipide

PAX  POETICA

PAX  POETICA


Les querelles fratricides se nourrissent généralement d'un fonds  de rancune et de mauvaise foi. Ainsi en est-il aujourd'hui des protestations de notre pays nord-catalan pour récuser la nouvelle appellation de notre région : Occitanie. Dans l'étroit périmètre du Roussillon, on s'assemble, on vocifère, on brandit oriflammes et pancartes réparatrices à l'entrée des agglomérations, les éternels leaders aux tripes sang et or montent une fois encore au créneau.
Quoi d'offensant pourtant dans ce ce rappel de notre héritage occitan ? Ce serait en effet oublier ou ignorer volontairement que la civilisation occitane aux XIIème et XIIIème siècles connut un brillant développement au plan culturel, alimenta une riche littérature et donna naissance à des structures politiques bien en avance sur leur temps. Ne dit-on pas en effet que si le roi de France (la partie nord de la France actuelle) ne savait pas signer son nom, les comtes de Toulouse écrivaient, quant à eux, une poésie qui donnera naissance à ce qu'il est convenu de nommer la fin amor, colportée par les troubadours. Pourquoi donc aujourd'hui cette ingratitude mémorielle du Roussillon à l'égard de leurs voisins occitans ?
Par bonheur, est paru un ouvrage aussi opportun que bien documenté sous la plume de Michel ADROHER, enseignant en langue et littérature du Moyen-Age à l'Université de Perpignan : Les troubadours roussillonnais (XII - XIII èmes siècles), publications de L'Olivier à Perpignan.
On y apprend que la plupart des grands poètes roussillonnais de l'époque médiévale puisaient leur thématique ainsi que leurs schémas formels dans un fonds occitan : ainsi Guilhem de Cabestany, Pons d'Ortafà... jusqu'à Ausias Mach (1397-1459) qui, tout en conservant la tradition troubadouresque fut le premier à recourir à la langue catalane. Les troubadours, même ceux de Catalogne ou d'Italie , composaient en occitan... note en effet Michel Adroher (p. 23)
Il est bon de rappeler ici que l'Occitanie s'étendait alors du sud de la Loire jusqu'en Italie, que Dante fut tenté de composer la Divine comédie en langue occitane. Cette langue commune incluait certes des dialectes divers selon les régions, variations locales autour d'une matrice
commune. Du reste encore aujourd'hui dans les Pyrénées-Orientales ne parle-t-on pas ici le catalan, ailleurs l'occitan, aucune instance officielle n'ayant imposé à ces vieux parlers, une langue normative ?  La langue occitane fournissait, comme dans la Grèce antique, un matériau commun, une koinè (langue commune)  aux variantes multiples. Qui voudrait établir une frontière entre Catalogne et Occitanie comme le suggère la porte monumentale implantée dans les garrigues entre Salses et Fitou, tomberait dans l'erreur historique ou le folklore des tribunes sportives des dimanches de derbies.
Que le peuple roussillonnais rende ainsi ce qui leur est dû à leurs voisins géographiques : assez de séparatismes, de replis sur soi en cette période de grand désordre géopolitique. C'est ainsi une occasion de rétablir la pax romana que nos origines linguistiques communes, et donc nos modes de pensée ont tout intérêt à défendre face à l'invasion de l'anglo-saxon.
                                                                        

Publié dans Parle à mon Q.I.

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Babelia 18/08/2016 00:48

Que d'huile sur le feu !! On va en sortir des montagnes de bunyetes et d'aurelhetas !

Duglaïeul Ernest 17/08/2016 15:14

Voilà qui ne va pas te faire que des amis. Et de toute façon ton opinion est amplement minoritaire. Ne pas hurler avec les loups, c'est bien, mais marcher à contre-courant du troupeau ne va pas sans danger.
Visca Catalunya.