Disparition d'Odette Traby

Publié le par Licorne d' Hannibal

Disparition d'Odette Traby

Odette Traby, Reine-mère des cabochards, nous a quittés jeudi 4 Août.

Elle a, selon ses dernières volontés, été incinérée samedi, dans la plus stricte intimité.

Quelques notes de jazz, les vers de René Guy Cadou et la flûte de Charles Limouse

l'ont accompagnée dans cet ultime voyage.

 

Nous partageons ce texte de Jacques Queralt, publié dans son blog Met Barran.

 

 

   La disparition d'Odette Traby (1938-2016), Dame de Culture


Généreuse, disponible, constante, discrète et efficace. Odette Traby (1938-2016), qui vient de décéder, réunissait toutes ces qualités. Femme de progrès, citoyenne impliquée, venue de l'enseignement, depuis sa ville d'Elne, elle a contribué à un mieux être culturel et artistique. Au service de sa ville, dont elle a été plusieurs fois maire adjointe de la culture et du patrimoine (dans les municipalités Narcisse Planas (1965-1995), Nicolas Garcia (2001-2014) et de toutes celles et tous ceux qui, comme elle, voulaient que l'utopie de fraternité se réduise en peau de chagrin, jusqu'à faire douter de son bien-fondé. Mlle Odette Traby contribua au rebond culturel de la ville d'Elne, lié à sa restructuration urbaine, avec par exemple la rénovation de la ville haute, l'aménagement du nouvel Hôtel de Ville sur l'emplacement de l'ancien Marché de Gros, l'ouverture d'espaces d'art (atelier, galerie) et leur mise à la disposition de jeunes étudiants des Beaux-Arts, création d'un prix de la Ville d'Elne, programme d'expositions à la Cité Administrative  dès le début des années 1980, mise en place de manifestations diverses... La musique, les arts plastiques, la littérature ont toujours passionné Odette Traby, mais son plus opiniâtre combat sera celui de rassembler l'œuvre d'Etienne Terrus (1857-1922) et de préserver sa mémoire illibérienne. Et "Terrus, homme de contrastes, anarchiste, bon vivant, et  la poésie au bout du pinceau"  (ces mots sont le titre d'un texte de catalogue d'Odette) finit par avoir son musée, en ville-haute, au pied de la cathédrale, au N° 3 de la rue Porte Balaguer. Odette ne cessera de poursuivre l'enrichissement et la valorisation de cette œuvre, par des expositions, des rencontres, des achats... Acquise à toutes les cultures (littéraire, artistique, musicale, archéologique) elle ouvrit en sa ville son propre espace d'offre d'art. C'est la "Galerie l'If", en ville haute (Boulevard de la Liberté). Lieu de rendez-vous privilégié du "Cercle des Authentiques Cabochards", dont elle fut une co-fondatrice avec Michel Briqueu - qui fut son compagnon - Gilbert Desclaux et Michel Gorsse, et qui devait lancer en 2001, une revue de création "La Licorne d'Hannibal". Revue littéraire, graphique et photographique qui, aujourd'hui, après 34 numéros papier, n'est disponible qu'en version numérique.  Attachée à une poésie, vivante, directe, populaire, sans concession à la naïveté ni à l'hermétisme, elle participa, en son propre royaume sans cour, à des veillées poétiques de belle tenue, déclamant ou lisant des œuvres de sa propre plume. On a pu écrire d'elle en 2013 qu'elle était "disponible à tout ce qui peut concourir à l'éclat de ce que le poète Jacques Dupin appelle "l'amande du feu" et en quoi il nous plaît de lire simplement la Vie urgente."  Attachée également à la musique, elle ne fut sans doute pas pour rien dans la création du festival de "Musique en Catalogne Romane", dont la première édition (elle date de 1983) devait coïncider avec le premier concert en France de Jordi Savall et du groupe Hespérion XXI, festival qui connaîtra en septembre sa 33 ème édition,  mais aussi dans le soutien au festival "Piano pianissimo" de Michel Peus qui vient de fêter son dixième anniversaire. L'archéologie et l'histoire rentraient également dans son large horizon d'intérêts et de curiosités. Membre active de la société les "Amis d'Illibéris" (une association locale, parmi d'autres), professeur retraitée, elle facilita la conception et l'organisation dans l'ancien évêché d'Elne, en octobre 2007, du deuxième colloque international dédié à "Miquel de Giginta. De la charité au programme social par l'éducation". Comme elle fut,  juste après Marie Susplugas Andréa, autre grande dame discrète de notre culture locale, l'une des premières à donner à entendre,  en la cathédrale d'Elne, l'un des premiers concerts dédiés au guitariste François de Fossa (1775-1848), c'était le 5 mai 2006, il y a donc dix ans. La Culture, oui, était chevillée au cœur et à l'imagination de cette dame d'action et de sensibilité. Venue de l'éducation nationale et d'une culture plus scientifique que littéraire, ses convictions citoyennes d'éducation populaire étaient de gauche, laïques et féministes.  C'est en tant qu'institutrice et militante syndicale de la Fédération de l'Education Nationale (F.E.N.) qu'Odette Traby avait vécu avec enthousiasme les événements parisiens -et nationaux- de mai 1968. En 2008, donnant son témoignage pour un hors-série "Mai 68" de l'hebodmadaire "Le Travailleur catalan", elle l'intitula "Espoir, engagement, amitié : que de partages ! Une fraternité jamais retrouvée" (ces deux couleurs étaient dans le titre) . Nombreuses et nombreux nous pouvons l'être, en nous penchant sur notre passé, à partager cette déception, cette amertume, mais il nous faut cependant la modérer car, à l'échelle locale et dans le temps écoulé depuis lors dans notre région, c'est grâce à des engagements précisément comme celui d'une Madame Odette Traby que de véritables moments de fraternité ont pu avoir lieu et se répéter à de très nombreuses reprises, offrant - à celles et à ceux qui s'y laissaient convier - le gîte et le couvert des grands jours de fête où chacun s'emploie à servir et à partager plutôt qu'à se servir ou à capter...  Il serait sans doute exagéré de faire de l'If illibérien de cette grande dame de la culture sans fards ni frime, estimée et respectée bien au-delà de notre région, qui vient de nous quitter, une abbaye de Thélème, au style de ce grand bâtisseur de bonne humeur qu'était le Rabelais de Gargantua, mais force est de reconnaître qu'elle lui empruntait bien quelques traits : l'humour, la convivialité, le temps enrichi par la rencontre...

 

Photo : Odette à L'IF, entre René Le Goff et Dhawan

Publié dans La Revue

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PUJOL JACQUES 10/08/2016 11:58

Il m'est inutile de parler d'ODETTE. Je présente à tous ceux qui l'ont aimèe mes condoléances les plus affectées. P.J.

Vidal Jean-Marie 08/08/2016 14:08

Je ne connaissais pas Odette Traby . J'ai croisé quelques fois son chemin , à l'occasion de repas ou à l'IF il y a longtemps ou lors de vernissages avec Michel Briqueu. Je savais qu'elle avait été adjointe à la Culture dans la mairie d'Elne , mais j'ignorais le rôle important qu'elle a joué dans le développement culturel de sa ville.Je garde le souvenir de quelqu'un de taiseux , de bourru , de timide , quelqu'un qui ne se livrait pas facilement et dont l'abord immédiat ne laissait pas présager toute la richesse.
Je suis triste . Je prie tous les cabochards d'accepter mes condoléances . Et le meilleur moyen de rendre hommage à Odette est de continuer votre œuvre........... son œuvre.