Godille eau

Publié le par Sylviane Blineau

Godille eau

GODILLE EAU


Avec mes souliers j'entrerai dans l'eau,
Son écume,
Ses ridules de soleil,
Sa niaiserie de mer sans cesse modelée.
Je nierai les nuits lâches,
Les bâches des jours bruns,
Les paupières du soir.


Les pavots noirs,
Leurs infusions distillées sous la lune,
Je les lierai d'un raphia rouge,
Pulvérisant sable et coquillages virgules.


Puisque les pieds dans l'eau,
Puisque souliers mouillés,
Devenir vague offerte,
Roulée, déroulée, ample
Et me coucher, saline, aux reflets du couchant.


Tu viendrais me chanter la mer aux golfes clairs,
La mer recommencée...
… M'offrirais-tu, peut-être, un bouquet d'algues creuses ?


Toi qui m'as décryptée, toi qui ne sais attendre,
N'espère pas de moi le chant long des sirènes.
Je ne te veux vainqueur, je ne te veux silène,
Mais caressante écume à mes genoux ouverts.

 

La poitrine baignée d'une froidure douce,
J'aurai les doigts trempés de temps.
Attentive aux reflux, les yeux sans mascara,
Je te chuchoterai les secrets de la mer,
Ses calendaires mélopées,
Ses revirements tout crayonnés de sanguines.
Et soupirant je te dirai ses abandons,
Ses bois flottés et ses corps morts.


Je ne serai pas péremptoire,
Juste passeuse de défis,
Amoncelant pour toi
Tous les alinéas d'une loi très inique.


Dans cette transmission,
Dans l'eau,
Dans la cadence ambrée d'un espace abrasif
Et sans autre miroir que le ciel sans soleil
Voici que mes souliers deviennent godillots...

 

Photo ©Lucien Clergue : "Née de la vague"

 

 

Publié dans ESSEBÉ

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Val 31/01/2017 08:57

Je fais lire ceci à ma grande amie Solange, la Dame sur la photo de Lucien.

G. S. 15/06/2016 16:21

Encore un texte riche et ouvrant sur des espaces suggérés. La poésie est aussi jeu de langage.G. S.