Mars Blessé

Publié le par Sylviane Blineau

Mars Blessé

 

MARS BLESSÉ

 

On devinait chez lui des voluptés roses et caressantes.

 

Souvent il s'asseyait sur un banc de nuages ; aussi souvent qu'il étirait sur les coussins ses fourrures parfumées.

Je l'ai vu, droit sous la lune, se perdre dans ses voix intérieures... Siennes aussi les siestes sous l'oranger, à l'abri des jeunes vents. La fenêtre, en ses écharpes lisses, la fenêtre lui appartenait longtemps où quelque papillon ivre venait parfois le taquiner.

 

Je savais qu'il m'aimait, ronronnant, arrondi sur mon sein malade et bientôt couturé, vidé de ses espaces déraisonnables. Seule ma voix savait l'extraire des greniers tout gorgés de saveurs saisonnières. Seule ma chanson allait à ses oreilles au repos.

 

Et le jardin - ses menthes, ses capucines enroulées - le guidait, muet, vers les caches de rainettes et de jeunes lézards.

 

Il avait un nom doux qu'il fallait murmurer, moduler aux heures des jours car la nuit lui appartenait sans partage. Un nom de chatte grise, de blanc rayée, aux oreilles vibrantes. Un nom si exactement sien que l'on ne pouvait en imaginer aucun autre.

 

Ainsi vivait Lola dans ma maison lorsque la vie me poinçonnait, une certaine fin d'hiver sans gel, sans brume...

 

Une longue saison où les iris sauvages m'avaient tant espérée dans les garrigues.

 

Illustration : Seurat

Publié dans ESSEBÉ

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gérard 22/11/2015 15:06

poésie et tendresse.