Dans le silence des saisons (5)

Publié le par Alain Surre

Dans le silence des saisons (5)

Dans le silence des saisons (5)

Chaque fois que je vais à Recort je ramène un peu de bois

que tu entassais dans ce hangar au-dessus de la chaudière

chaque fois je suis surpris de ne plus retrouver la vieille grange

démolie après la vente du terrain

une villa y a poussé

de plein pied

grandes baies vitrées

belle vue sur la Barguillère

depuis que les arbres du verger ont disparu

avec la grange attenante

on y tond la pelouse

sur une tondeuse autoportée à éjection latérale

gazon anglais

bien soigné bien régulier

sans chardon sans graminée

sans les taupinières

dans lesquelles je plantais la faux

quand tu m’apprenais à faucher

 

bien souvent une voix me rappelle

de quelque souvenir lointain

et c’est mon frère

combien j’en prends …

des bûches qu’il a mises de côté …

derrière la maison ?

je mets un peu de temps à lui répondre

et puis pendant que nous chargeons

– du frêne coupé depuis plus de dix ans –

nous parlons du jardin en friche

d’une petite parcelle qu’il reprend en potager

des légumes que nous goûterons

à nouveau.

 

 

Dans le silence des saisons (5)

Publié dans Les temps modernes

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Gérard Salgas 27/10/2015 18:24

Encore un texte émouvant. Vas-y Alain, tu es dans la la bonne tonalité. G.S.