Dans le silence des saisons (3)

Publié le par Alain Surre

Dans le silence des saisons (3)

 

Dans le silence des saisons (3)

 

 

C’étaient les mêmes que tu mangeais tous les jours

à cette époque là

les mêmes qu’on donnait au cochon

les mêmes qui t’ont laissé ce goût de racine

et de privation

les mêmes qui avaient soi-disant de grandes qualités gustatives

et qu’on voulait te servir au restaurant gastronomique

pour accompagner les aiguillettes de canard

oui c’étaient bien les mêmes quoi qu’on en dise

de simples rhizomes tubéreux communément appelés

topinambours.

*

Vous n’y entendez rien vous autres

c’est la bintje qui conserve le mieux

et donc tu refaisais systématiquement de la bintje

plus deux ou trois rangées de sirtema et BF 15

pour avoir quelques primeurs au printemps

comme ça s’était toujours fait

 

Maintenant on achète un peu de bintje pour les frites

et bien d’autres variétés que l’on trouve couramment

à n’importe quelle période de l’année

pommes de terre qui ramollissent bien vite

et ne germent pas forcément si on les garde quelques temps

il faut dire qu’on n’a pas lu ce qui était écrit tout petit sur l’étiquette

les lunettes n’ayant pas suivi.

*

On va pas pouvoir les planter, Alain,

c’est que de la caillasse !

on les a quand même plantés

à coup de pioche

les vingt-cinq pieds de sapinette

que j’avais achetés pour le terrain de mon nouvel appartement

mais c’est pas de la terre ça !

 

ici on appelle ça de la terre à vigne

et je n’ai pas beaucoup utilisé la bêche et le pelleversoir

que tu m’avais laissés

 

j’y suis revenu dernièrement

à cet ancien appartement

une grosse haie de sapinettes venait d’être sciée

à la tronçonneuse

le propriétaire ne pouvait plus s’occuper de la taille

et le parterre avait été dallé.

*

 

Publié dans Les temps modernes

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