Dans le silence des saisons (2)

Publié le par Alain Surre

Dans le silence des saisons (2)

 

Dans le silence des saisons (2)

 

 

Cette année la bintje n’a pas donné, et vous ?

oh nous autres…

entre l’oxalis et les doryphores…

on se demande si ça vaut la peine …

 

chaque année pourtant

tu refaisais des pommes de terre

t’accommodant des fléaux

qui au dire de tous devenaient plus résistants

et chacun de se demander en quoi

il était encore utile de cultiver

ce qu’on trouve à 65 cts le kg

tenez-vous bien

au grand Marché d’INTER.

 

*

 

On arrachait la bintje bien après la siterma

c’était la fin de l’été

l’herbe avait recouvert tous les pieds

que l’on dégageait sommairement à la bêche

avant d’en déterrer les tubercules

d’un puissant (et parfois maladroit) coup de cette même bêche

ramenant alors à la surface quelques pommes de terre abîmées

et cette drôle d’expression « j’en ai pointé quelques-unes ! »

 

expression dont je doute après que l’avoir écrite

doute également sur cette bêche qui serait une houe

mais on dit bien sirtema et non pas siterma !

 

*

 

Ah tu l’avais bien engueulé ce jour-là M. P…

à cause de cette histoire d’arrosage

qui revenait chaque été

il fallait toujours trafiquer cette vanne

enfouie sous le chemin qui menait au jardin d’en haut

et pourquoi diable on n’avait jamais de débit

nous autres

criait aussi ma grand-mère

qui voulait y mettre fin une bonne fois pour toutes

on y avait droit comme tout le monde

mais ça braillait de plus belle en face

et tu disais qu’il fallait arrêter à cause du petit

alors on repartait tous les deux

laissant monter les vociférations

et les injures en patois

oui ça t’embêtait bien toutes ces chamailleries

 

moi je n’avais pas encore lu Pagnol.

 

*

 

Illustration : VAn Gogh : "Nature morte aux pommes de terre"

Publié dans Les temps modernes

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gérard salgas 02/09/2015 14:58

Bravo encore, Alain. Texte souvenir intime dont j'aime la sobriété. Gilbert est excellent dans ses illustrations.