Les grands manitous

Publié le par L'Insipide

Les grands manitous

Dans les sociétés antiques, ils avaient leurs devins, toutes gens aptes à saisir, en un clin d'œil, une situation dans sa complexité présente et en déduire les conséquences à venir. Ils avaient nom Calchas, Tirésias ou Cassandre. Aujourd'hui cette fonction d'analyse, de surveillance, de conseil et de mise en garde est dévolue aux économistes. A eux seuls est confiée la tâche d'analyser l'état du monde et d'en annoncer les lendemains. Il leur suffit de collecter et collectionner des chiffres, de tracer graphiques de toutes couleurs, abscisses , coordonnées et autres courbes présagères sur leurs écrans multicolores, de dresser graphiques... et le monde livre sa lisibilité, le voici désormais diagnostiqué, ausculté, livré dans ses plus profonds secrets. Les écono sont doués d'une parole divinatoire et de certitudes imparables. De vrais dogmatiques qui répandent leur vérité aux quatre coins du monde habité. Dotés d'un verbe professoral, d'un sérieux ecclésiastique, ils affirment la dignité et la prééminence de leur savoir. et la dignité de leur fonction. Mieux que Madame Soleil, ou l'horoscope de "l'Indépendant", ils font le bilan de notre aujourd'hui et tracent la courbe prévisionnelle de nos lendemains.
Ils officient dans d'obscurs cabinets de nos édifices universitaires, dirigent Instituts, Fondations, Bureaux de recherches à la frange de la Haute finance.Ils vont parfois flanqués  de leurs acolytes sondeurs ou sociologues, tous hommes de communication, avec qui ils partagent un goût commun pour les chiffres, schémas et pourcentages. Les puissants les investissent parfois de hautes missions de sauvetage, tel Raymond Barre en son temps que son président de la République avait sacré "le meilleur économiste de France". Certes un titre de champion de France ne vaut pas celui de champion du monde ou de médaillé olympique. Mais ses idées fournissaient le savoir biblique de nos étudiants, tous campus confondus. Dans les faits,  ses méthodes et résultats ne valurent guère mieux que ceux de ses successeurs, notamment de l'ajusteur Bérégovoy propulsé par miracle politique dans les hautes sphères de la finance. L'ascenseur social, un vieux mythe...
Depuis longtemps je n'écoute plus la savante logorrhée de tous ceux-là qui nous annoncent l'apocalypse pour demain, prêchent abstinence et sacrifices. Moi, je continue à vivre et à respirer au rythme du Tour de France, du Top 14 ou du tiercé dominical. Là, vitesse, ruse et sens de l'opportunité remplacent leçons doctrinales: une passe mal ficelée, et c'est cinq points pour l'adversaire sans que nul abîme s'ouvre sous les crampons du vaincu.
Alors, Messieurs les Economistes, ôtez votre frac et vos propos sibyllins. Ayez la modestie d'un prévisionniste météo dont le discours s'accommode d'une toujours possible frange d'erreurs. Pour moi, mieux que la pluie, le beau temps, mieux le printemps que l'hiver, mieux que vos catastrophes boursières, le chant des cigales, la rêverie au bord de l'eau. Mieux que Wall Street, Joinville le Pont... pon, pon.

Publié dans Parle à mon Q.I.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Moustache Jobert 22/07/2015 10:01

Faut pas oublier qu'il existe des économistes du sport.