Est-ce Mozart qu'on assassine ?

Publié le par L'Insipide

Est-ce Mozart qu'on assassine ?

Est-il bon de crier "au loup", de revêtir cuirasse et ceinturon quand votre paix domestique n'est pas menacée, que votre confort personnel n'est pas mis en danger puisque tout se passe ailleurs, hors de chez soi ? Problème de conscience, une espèce de pari pascalien. Telle est la question qui se trouve aujourd'hui posée aux Perpignanais à propos du différend concernant la Haute Ecole des Beaux-Arts de leur ville. Un semblant d'agitation révolutionnaire: d'une part, un pouvoir politique ferme et sans concession, se réclamant d'un futur mieux-être financier pour ses administrés, d'autre part des jeunes gens étudiants et leurs maîtres condamnés à un naufrage prochain. D'un côté donc, le souci d'alléger les finances communales, de l'autre, celui d'assurer la continuité d'un engagement dans la vie. Pour simplifier, à ma droite, des représentants politiques accablés dans leur gestion  par des dépenses somptuaires passées, pour l'épate touristique, notamment un théâtre bien au-delà de ce qu'exige normalement un tel bâtiment dans la pluralité des ses fonctions et de ses services, une horloge solaire facétieusement inédite, de l'autre des "apprenants" pour employer la terminologie de Meyrieu, et des enseignants mutilés dans leurs projets et leur cursus. Entre les deux, un public indifférent  car on lui a enseigné de tout temps que les choses de l'art sont futiles, ne les concernent guère, et d'une façon générale que les artistes sont des oisifs et des improductifs... pourquoi pas des parasites ? Primum vivere, deinde... tout le reste. Priorité donc au contenu de vos poches en fin de mois ; pour l'"accessoire" et le superflu, on en parlera plus tard entre la poire et le fromage. Moi, je ne tranche pas, n'étant pas partisan des prises de position ex abrupto. Mais je constate qu'intérêts culturels et intérêts politiques sont une fois encore en dissonance et je me souviens d'un article paru, il y a quelques mois dans la presse locale et intitulé : La culture souvent gênante, toujours perdante. Voilà qu'il prend sens et actualité aujourd'hui. Car il m'apparaît qu'à Perpignan comme ailleurs, on subit le poids d'engagements ou errements financiers passés, alors que le seuil de pauvreté et le chômage y sont la chose la mieux partagée. Un bien sombre tableau, semblable à celui qui a porté au pouvoir Robert Ménard chez nos voisins biterrois. Il en était du reste question ces derniers jours dans une rencontre à la Librairie Torcatis, à la suite de la parution d'un ouvrage de Didier Daeninckx intitulé Retour à Béziers (Verdier). Perpignan serait-elle devenue la ville où l'on assassine Mozart, selon le titre bien connu de Gilbert Cesbron? Non pas Mozart, mais peut-être Matisse ou Dufy... Je pense à tous ceux de nos compatriotes anciens étudiants de la Haute Ecole des Beaux-Arts perpignanaise qui continuent aujourd'hui à produire des œuvres excellentes, quelle que soit l'indifférence du milieu galeriste pour qui l'art est chose marchande, matière à spéculation et juteux boursicotage. Certes dans la Cité, il y faut des financiers, des marchands etc... mais pourquoi pas aussi des philosophes et des artistes ?

Saint André Malraux, du fin fond (de profundis...) de votre musée imaginaire, priez pour nous (ora pro nobis).

Illustrations : Photos X…

Est-ce Mozart qu'on assassine ?

Publié dans Parle à mon Q.I.

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Gilbert 02/06/2015 09:25

Je pense à M. Roger Maureso, qui a tant œuvré, tant donné, pour faire vivre cette école…

Bernard 02/06/2015 08:59

C'est beaux arts qu'on assassine.

Duglaïeul 05/06/2015 10:24

oui, Bernard, en s'enrhumant un peu. L'époque serait-elle au coryza?