Mise bas.

Publié le par Michel Gorsse

Mise bas.

Elle est pachydermique ma Lilas. Elle se traîne depuis quelques jours, quasi impotente. Elle se tient à l’écart des autres juments. D’ordinaire douce et bonne copine, elle chasse rudement celle qui vient lui faire de l’ombre. Elle « fait les oreilles », montre les dents, menace du sabot. Plus question de l’approcher à moins de dix mètres. D’ailleurs ses congénères se le tiennent pour dit et respectent scrupuleusement ce « no horse’s land ».
 
Deux boules de cires obstruent les tétines. La veine de lait est apparue, saillante, et court, grosse comme un avant-bras, tout au long de son ventre. Gonflé comme une outre, le pis l’encombre et lui pèse au point d’embarrasser et de ralentir sa démarche. Sentant l’effluve lacté, les moucherons de mai viennent l’agacer malgré les incessants coups de fouets de la queue pour les en dissuader.
 
Ce sont là les signes d’une mise bas imminente. Le box est curé, désinfecté et entièrement tapissé d’un épais édredon de paille. Ça sent le froment, le bel été, la poussière des éteules. Du museau, Lilas, inspecte tout ça, soulevant le chaume pour en chasser un éventuel intrus et s’assurer d’une litière à sa convenance. Il faut la laisser tranquille. Elle attendra la nuit.
 
23 heures, elle somnole debout. La pleine lune inonde la montagne. Il fait doux. Quelques mots, quelques tapes amicales sur l’encolure. On évacue le crottin, on remet de l’eau. Une goutte de lait perle à la tétine.
 
2 heures. Rien. La nuit est si belle qu’on se demande si ça vaut le coup d’aller se recoucher. On s’assied sur une balle de foin. On bade les étoiles, un peu comme un idiot. On se dit qu’on est pas mal là, qu’un type peut-être, au Pérou ou en Mongolie, attend pareillement la délivrance de sa jument. Ça crée des liens.

 

Mise bas.

4 heures. Il est né. On arrive après la bataille. Il éclot de son placenta comme un papillon de sa chrysalide. Couchée, Lilas soupire de soulagement. Il est trempe comme un baigneur, le poulain. Ses oreilles se dressent au son des voix. C’est l’heure du café.
 
5 heures. Tout le monde est debout. C’est une pouliche. Elle est déjà sèche et a trouvé le pis sans besoin d’aide. Déjà elle tente de répondre aux hennissements des autres chevaux à côté, curieux de l’agitation inhabituelle. Lilas est affamée et se jette sur le foin.
 
Choses de cette nuit.

 illustrations : Ganbaatar Choimbol

Commenter cet article

essebe 07/05/2015 22:21

Merci et longue vie à La Belle!

Michel Gorsse 07/05/2015 20:40

FAROUDJA, c'est son nom.

Michel Gorsse 05/05/2015 21:13

A Essebe. Le nom n'est pas encore choisi, nous avons 15 jours pour le faire officiellement aux haras nationaux. C'est l'année des F et son nom sera maghrébin puisque c'est un élevage de pur-sang barbes (berbères). Dès que le nom sera choisi je vous le communiquerai. Précédemment il y a eu 3 autres naissances, des mâles. Farouk, Fercan, Fadil.

essebe 04/05/2015 17:57

Beau. Mieux: émouvant!
Et l'on s'en veut un peu de vivre loin des chevaux
et des hommes qui ont cette communion-là avec eux.
Il est beaucoup question de prénom ces jours-ci,
aussi je ne vous demanderai pas celui de la jument
nouvelle-née. Quoique...