De bello gallico, ou Naja imperatrix.

Publié le par L'Insipide

De bello gallico, ou Naja imperatrix.

Enfin ça y est…Une fois encore l'école passe en première ligne dans l'éternel débat politique. Il est de bon ton, en effet, que tout ministre de l'Education, quelle que soit son appartenance, lance sa réforme, la énième. L'édifice chancelle, se craquelle, mais tient toujours debout, aussi vigoureux que le bon Saint Eloi ou le rassurant : fluctuat nec mergitur... Tiens, voilà que le latin chatouille ou gratouille l'épiderme de mon ordinateur. Réaction première ou primaire: continuer à  enseigner le latin au vingt et unième siècle?... A quoi bon?… on ne parle plus cette langue, elle est bien loin de concurrencer et valoir notre universel anglo-américain. Même les prêtres refusent le marmonnement assoupissant du Dominus vobiscum et du ora pro nobis.  Il n'empêche : le bon élève d'école privée catholique s'insurge. Exemple : Bruno Lemaire, ex-premier prix toutes catégories, bac plus 18 selon son compère et néanmoins rival Sarkozy. Vous vous faites de la bile en voyant s'écrouler un pan de notre antiquité? Cessez vos larmes et vos alarmes!... Il y a beau temps que l'enseignement du latin subit les coups du pouvoir. Allègre, le grand scientifique porteur d'un savoir universel (de omni re scibili) climatologue opposé à tous les spécialistes de climatologie et Jospin son associé avaient déjà porté des coups fatals. Giscard avait quelque temps auparavant humilié les enseignants en nommant à leur tête, un garagiste. Sarkozy avait répudié la Princesse de Clèves la jugeant peu empressée à se glisser dans le lit de son prétendant ; cela faisait à ses yeux trop de pages à lire. Comme ces élèves qui jetés dans le répertoire du théâtre classique et se lassant de la lenteur d'Andromaque à céder à Pyrrhus demandaient à leur maître : alors, c'est aujourd'hui qu'il la baise?... Et qu'on en finisse... Mais ce qui est paradoxal, c'est que les responsables de la disparition du latin sont, outre certains professionnels de la politique, les profs de Lettres eux-mêmes chargés d'enseigner la langue de la romanité. Ils n'ont à longueur de décennies pas su rendre vivant et enrichissant l'enseignement de leur discipline, se contentant du haut de leur chaire de semer les pièges autour d'une langue complexe certes, mais complexifiée encore plus par la vision purement grammairienne, c'est à dire machinale et autoritaire qu'en diffusaient ses maîtres en s'attachant avant tout au respect des sacro-saintes règles (le mot n'est pas anodin) morphologiques et syntaxiques. Faut-il rappeler qu'il y a un demi-siècle ou plus, les magister organisaient des compétitions trimestrielles, dites "compositions", de thème latin; il fallait convertir dans la langue de Cicéron des textes de Montaigne, Bossuet et même Baudelaire. Les résultats, mis à part pour quelques cadors comme Bruno Lemaire, étaient catastrophiques, la notation, abyssale : des moins 25 ou moins 40 sur 20. de quoi asphyxier les prétendants aux Humanités classiques. Le par-cœur et les automatismes syntaxiques récompensaient les plus valeureux. Mais quid de la civilisation romaine ? du mode de vie au quotidien de populations saisies seulement sous un angle guerrier et, parfois, philosophique et moral. Pourtant la visite des ruines de Pompéi, certaines pages de Virgile, Suétone, Ovide ou Tacite révèlent que les Latins pratiquaient des activités moins conventionnelles. Et que mangeaient-ils, comment dormaient-ils, comment aimaient-ils... quelles étaient leurs occupations, leurs loisirs, tout ce qui relève de la vie au quotidien? Et la classe des boutonneux, petits messieurs selon Roland Barthes, de s'assoupir alors en voyant défiler le cortège des ablatifs absolus, des ut avec subjonctif ou indicatif... Que chacun y aille donc de son mea culpa (encore du latin!), que l'époque s'étourdisse de la virtuosité des esprits scientifiques et des super-techniciens ancrés dans le culte des nombres et des lois arithmétiques prétendument universelles et intangibles. Elles ont même contaminé les sciences humaines : on additionne, on soustrait, on fait des pourcentages, de beaux tableaux statistiques et l'on oublie que l'humain et le monde en général restent en grande partie étrangers ou indifférents à ces rigidités mentales. Pour le latin, quelles que soient les prouesses verbales et les contorsions de notre ministre, la messe est dite. Pour le grec, il y a belle lurette qu'il gît en quelque panthéon. Mais ici une simple question : par quelle bizarrerie à propos de l'avenir de l'enseignement du latin n'échappe-t-on pas au clivage droite-gauche ? Y a-t-il simple prétexte à gagner les prochaines élections ? Tout est bon pour s'enfermer dans les vieilles chapelles..
 

Illustration : Marina Vlady & jean Marais." La princessse de Clèves". Jean Delannoy.

Publié dans Parle à mon Q.I.

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M.G 16/05/2015 10:14

Qui est ce garagiste ?

Alceste B. 16/05/2015 10:32

René Monory, dit "Le garagiste de Loudun".

Peralbo 15/05/2015 20:57

Sapere aude...!!!!!